14 mai 2008

ANDREE PUTMANN

BONJOUR A TOUTES ET A TOUS !

Dans la catégorie "designers célèbres" aujourd'hui je vais vous parler d'une designer célèbre et reconnue par tous...

Une de ces femmes "précurseurs" grâce auxquelles nous pouvons à présent trouver notre place de femme dans la société...

Andrée Putman

Andrée Putman                                                         

«J'aime qu'un objet fasse des farces»

propos recueillis par Jean-Sébastien Stehli (L'express)

Elle file d'un hôtel à Hongkong à un appartement extravagant à Monaco, puis fait un détour par Shanghai… Elle vient de terminer la maison de BHL à Tanger, un laboratoire pharmaceutique à Bâle et rénove l'hôtel Morgans à Manhattan. Andrée Putman, «la Coco Chanel de l'architecture intérieure», comme l'a surnommée un magazine américain, est plus active que jamais. Ses propos ressemblent à ses projets: rigoureux et poétiques

Andrée Putman naît dans une famille bourgeoise de banquiers et notables d'origine lyonnaise. Son grand-père, Édouard Aynard, est le fondateur de la banque Maison Aynard et fils; sa grand-mère et épouse d'Édouard est Rose de Montgolfier, descendante de la famille des frères inventeurs du ballon à air chaud.

Andrée grandit dans le VIe arrondissement de Paris, rue des Grands Augustins. Enfant, elle passe la plupart de ses étés dans l'Abbaye de Fontenay, superbe édifice abritant jadis les ateliers des frères Montgolfier et racheté en 1906 par son grand-père Édouard. Cette première rencontre avec l'architecture va marquer durablement sa sensibilité artistique, forgeant son goût pour les espaces sobres, simples, voire austères.

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Pourtant, l'éducation artistique d'Andrée Putman passe d'abord par la musique : sa mère, Louise Saint-René Taillandier, la pousse elle et sa sœur dans l'apprentissage du piano. Andrée sort à dix-neuf ans du conservatoire de Paris, en recevant le prix d'harmonie. Cependant la vie d'ascète et de reclue qu'implique une véritable carrière musicale la rebute. Andrée Putman cherche dès lors une voie plus à même de satisfaire sa curiosité.

Début de carrière (1945-1977) 

C'est sur les conseils de sa grand-mère Madeleine Saint-René Taillandier qu'Andrée devient coursier pour la revue Femina, ce qui lui permet de cotoyer des personnalités artistiques tout en découvrant de nombreux lieux insolites de Paris. C'est grâce notamment à cette sensibilité pour l'espace qu'elle fait ses preuves dans la presse, comme styliste de plateaux (où sont photographiés les modèles de prêt-à-porter).

À la fin des années cinquante, Andrée Aynard épouse le collectionneur, éditeur et critique d'Art Jacques Putman, habitué du Café de Flore, avec qui elle fréquente des artistes contemporains, dont Pierre Alechinsky, Bram van Velde, Alberto Giacometti ou encore Niki de Saint Phalle. De leur union naissent deux enfants : le futur galeriste et écrivain[1] Cyrille Putman en 1962 et Olivia, sa cadette.

En 1958, à l'âge de 33 ans, Andrée Putman collabore avec la chaine Prisunic en tant que directrice artistique des rayons maison. Elle rencontre Michel Guy, avec qui elle découvre la vie noctambule parisienne, un ami sincère qui sera également un de ses premiers clients. Dès 1968 c'est dans l'agence de style Mafia qu'elle s'illustre. Elle est alors repérée par Didier Grumbach qui l'engage afin de créer une nouvelle société à l'origine orientée vers le développement du prêt-à-porter et du textile : Créateurs et Industriels.

C'est à cette période qu'Andrée Putman s'essaye à l'architecture d'intérieur : elle aménage pour la société des bureaux dans d'anciens locaux SNCF, puis plus tard redécore l'appartement new-yorkais de Grumbach.

Les années quatre-vingt (1978-1995

En 1978, Andrée Putman divorce, la société Créateurs et Industriel fait banqueroute. Michel Guy héberge Andrée Putman et la convainc de lancer sa propre société : Ecart International. En plus des quelques commandes de décoration qu'elle reçoit, l'agence Ecart va se concentrer sur ce qui va faire la véritable notoriété d'Andrée Putman, à savoir la réédition de mobilier. C'est donc davantage grâce à son goût pour le mobilier des années trente, jusqu'alors très rare dans les intérieurs bourgeois, que grâce à ses créations - elle même n'en a par ailleurs jamais réellement fait - qu'elle va gagner une première reconnaissance sur le plan international. Andrée Putman acquiert peu à peu de nombreuses licences de prestigieux designers parfois oublié (à l'époque) tels que Jean-Michel Frank, Eileen Gray, Pierre Chareau ou encore Robert Mallet-Stevens, dont la réédition de sa fameuse chaise en fer a un retentissement majeur, encore visible aujourd'hui.

A vos débuts, vous avez plaidé pour que l'esthétique soit prise en compte dans les objets de la vie quotidienne, en proposant notamment des créations pour Prisunic. Vous vouliez démocratiser la beauté?

La beauté n'a rien à voir avec le prix des choses. Les guerres et les désastres humains sont souvent liés à des consciences chargées d'envies et lourdes des difficultés d'une vie modeste. Mon idée, c'était que des gens qui n'avaient pas d'argent puissent avoir des détails de leur vie quotidienne revus par des gens du métier qui viennent les apaiser, simplifier leur existence, y introduire un petit ferment. Comme cet objet destiné à servir le café tous les matins: il peut être le fruit de l'amour de quelqu'un qui l'a travaillé, l'a amélioré, qui a imaginé un nouveau dessin pour le bec qui empêche la goutte de tomber. Je crois que tout le monde tire bénéfice d'un bel objet. C'est peut-être naïf, mais c'est comme cela que ça se passe dans la vie.

Qu'est-ce que le bon design, selon vous?

Le bon design, c'est l'histoire qu'évoque l'objet. Une râpe à gingembre, par exemple, évoque pour moi une jeune Européenne qui tombe amoureuse d'un Chinois et qui apprend la cuisine chinoise. Ce qui m'intéresse, c'est tout ce jeu de l'histoire que l'on peut raconter. Dans mon travail, il y a toujours une histoire. J'aime qu'un objet fasse des farces, qu'il soit surprenant en plus de sa qualité technique, comme un escalier conçu comme un collier.

C'est aussi vrai pour une maison?

Oui. J'aime comment on contredit une idée, comment on s'empare d'un matériau industriel pour le détourner. Nous avons été les premiers à utiliser des matériaux qui iraient aussi bien pour une robe du soir que pour une porte. Dans un projet, par exemple, nous avons volé au Midi l'atmosphère de ces rideaux de perles à la porte des maisons. Mais, au lieu de les concevoir en bois, nous les avons fabriqués en cristal. Alors, quand on passe dans la pièce à côté, on écarte le rideau comme si on nageait, on entend la musique du cristal, puis on aperçoit la silhouette de la personne que l'on aime le plus au monde. On écarte cet écran, et tout à coup s'écrit une nouvelle. Comme un jeu entre les personnages. Toute une imagination faramineuse peut ainsi s'incruster sur un décor ou le susciter. Toujours il y a une histoire.

Comment s'est formé votre regard?

J'étais la fille d'une femme excentrique. J'avais des chaussettes rouges, notre mère nous habillait en écossais avant la mode. Ma sœur et moi étions les martyres dans les petites classes. J'ai également vécu dans le milieu extraordinaire de l'abbaye cistercienne de Fontenay, en Bourgogne, classée au Patrimoine mondial de l'Unesco, où je passais tous mes étés. C'était quelque chose d'éblouissant et en même temps cela m'a pesé.

«Pourquoi se sent-on bien dans un lieu ? J'ai travaillé toute ma vie sur ce mystère»

Pourquoi pesé?

Parce que, petite fille, je pensais qu'on en avait chassé les moines et qu'on avait volé leur maison!

Très tôt, vous vous lancez dans la réorganisation de votre chambre, que vous dépouillez, mais vos parents, très grands bourgeois, laissent faire...

Je suis la fille de deux moutons noirs qui, même s'ils pouvaient être choqués, étaient fiers de moi. Mais j'ai aussi compris très tôt qu'il était important que les vêtements d'une femme ne contredisent pas la décoration de la maison. Grâce à ma mère, qui avait une énorme personnalité, j'ai réalisé que toutes les conventions d'un milieu social élevé et austère étaient à revoir. Porter un uniforme conforme à son milieu me décevait. Je pensais que c'était un manque d'énergie et de soin. Il faut s'affranchir de la peur du mauvais goût. Une maison doit d'abord avoir de l'esprit. Souvent, j'ai choqué mon milieu.

C'est pour cela que vous associez souvent des choses a priori totalement étrangères?

Oui. J'aime jongler avec le pauvre et le riche, jouer avec les apparences. C'est parce qu'un meuble ou un objet est pauvre qu'on va justement le mettre à côté d'un meuble du style Sécession viennoise tellement beau. Dans mon travail, je veux qu'il y ait une plaisanterie cachée. J'aime faire des blagues. Je crois que je suis restée une enfant. Je joue avec les objets. Par exemple, j'ai des objets rouges à cause d'une histoire dans Bécassine où elle range tous les objets de la maison par couleurs. On aboutit alors à un hétéroclisme aigu. Il m'est arrivé de dire à mes enfants: «J'ai enfin compris pourquoi je fais ce métier: c'est à cause de Bécassine!»

Votre seul diplôme, c'est un premier prix de composition du Conservatoire, obtenu avec Francis Poulenc comme examinateur. Mais vous n'avez pas attendu pour changer de voie et passer de la musique à l'architecture.

La musique est restée très forte en moi. Il y a des musiques qui me transportent, que je trouve déchirantes, comme des compositions de Sibelius ou de Richard Strauss. Dans la musique, il y a la géométrie, la ligne horizontale, c'est-à-dire le récit, l'air. Mes projets sont des portées avec énormément de notes qui courent sur cinq petites lignes. La musique, c'est le fil. J'en écoute lorsque je dessine.

Lorsque vous acceptez un projet pour un client privé, comment devinez-vous ce qui lui plaira?

J'ai une trace de regret de ne pas être psychanalyste! Mon travail est très proche de ce métier-là. La relation avec le client, ça peut être très violent. Si cela se passe bien, il vous adore complètement. S'il y a déception, cela prend très vite une sale tête parce que vous avez touché quelque chose de sensible, un peu comme une auscultation qui fait mal. Je comprends tellement de choses sur mes clients en les observant, et je leur pose des questions sur eux, mais sans être trop intéressée. Parfois, vous ne connaissez pas l'incident dans la vie de la personne qui fait que soudain la couleur lui est devenue insupportable. Parfois, une grande marée de blâmes peut vous tomber dessus.

Le succès tient à peu de chose…

J'ai parfois eu des satisfactions avec des tout petits faits bizarres. Un jour, à l'hôtel Morgans, à New York - que je venais de concevoir - une femme pas aimable du tout m'a dit: «J'ai loué une chambre dans cet hôtel pour finir mon roman parce qu'il y a trop de bruit chez moi, et, alors que je suis ici depuis huit jours, je viens tout juste de découvrir qu'il y avait un dessin sur le tapis. Comment faites-vous pour que l'on ne découvre un dessin qu'au bout d'un certain temps?» C'était mon plus beau cadeau. J'ai travaillé tout au long de ma carrière pour comprendre le mystère de la raison qui fait que l'on se sent bien dans un lieu.

Certains savent dès le début ce qu'ils attendent de la vie. La vôtre est plutôt faite de zigzags. Vous commencez comme coursier pour le magazine de mode Femina, puis vous entrez à l'agence Mafia avec Maïmé Arnodin et Denise Fayolle, puis vous lancez Créateurs et Industriels, avant de créer votre société…

Mais la vie tient au hasard, à une bielle de voiture coulée lors d'un voyage avec un grand amour qui est en train de mourir. On est dans une étape agréable en Bourgogne et, à cause de la panne, on est présenté par son amant à un personnage. Dans la journée, il y a un choc électrique d'une telle dimension que vous allez passer vingt ans avec cette personne. C'est Jacques Putman, le marchand et collectionneur d'art, le père de mes enfants.

Vous avez dit un jour que vous ne conceviez la beauté qu'accessible à tous, comme «l'antidote à la mauvaise répartition des richesses».

J'ai toujours essayé de faire des choses sublimes, même si je n'ai pas toujours réussi. Il y a quelque temps, à Monaco, une femme a voulu prouver à ses frères qu'elle était beaucoup plus chic et audacieuse qu'eux. En me choisissant pour faire son appartement, elle m'a dit: «Tout ce que vous aimez le plus au monde, c'est pour moi.» Je me suis bien amusée à lui faire quelque chose de vraiment féerique, avec des moyens très larges. Récemment, les dirigeants du laboratoire Novartis de Bâle m'ont demandé d'aménager un magnifique bâtiment conçu par une Japonaise. Nous avons transformé ce cube de verre en conte de fées. Notre idée, c'est que, quand tout est triste, gris, il y a là un îlot de rêverie, de générosité, parce qu'il y a tant de détails qui accueillent le chercheur.

Vous avez même imaginé une jungle chez un particulier.

Pour de grands bourgeois milliardaires, j'ai créé une colonne de plantes dans le fuseau d'ascenseur de leur hôtel particulier. On ne voit que des plantes. Lorsque l'on touche les feuilles, on pense que, d'une seconde à l'autre, des lézards vont envahir la pièce. On est dans la jungle. Ce sont des idées qui me traînent dans la tête. J'aime beaucoup prendre des risques.

Y a-t-il un objet que vous auriez aimé créer?

Non, parce qu'un objet se crée au gré des usages. Tant que je n'en ai pas envie pour mon propre usage, je ne sais pas faire. Il faut que je sois la première cliente enthousiaste. J'ai dessiné des bijoux, mais moi-même, je porte un collier que j'ai trouvé par terre il y a quarante-cinq ans. Il est fait de vis et il est autour de mon cou chaque jour.

C'est quoi, finalement, le fameux «style Putman»?

J'ai moi-même du mal à le définir. Je crois que c'est la désinvolture qui donne la liberté de juxtaposer des choses qu'on n'avait encore jamais mêlées. Comme j'aime beaucoup les objets, j'en ai eu des très beaux, connectés entre eux par des liens surprenants. Il y a des petits archipels constitués par des objets liés par leur couleur ou leur sens ou encore leur technique. J'aime les fautes d'orthographe, les erreurs, les «ceci n'appartient pas ici». Je vais vous raconter une histoire à propos de ce «style Putman». J'étais au Brésil et une télévision était allumée. On passait un feuilleton, et tout à coup j'entends un des personnages dire: «Excuse-moi, chéri, il y a Andrée Putman sur l'autre ligne. J'ai finalement décidé de lui confier la maison.» L'idée qu'au Brésil il y ait un personnage de telenovela qui dise cela m'a complètement réveillée. Je n'ai aucune idée de ma position. Et cela met aussi en lumière quelque chose d'un peu triste: c'est le nom qui décide les gens.

www.andreeputman.com

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